Asynchrone

lundi, février 18, 2008

Une courte grève et ça repart chez l'Oréal

Les salariés sont la source des profits... Il semble normal qu'ils en touchent le fruit. Certaines grandes entreprises, dont l'Oréal semblent encore avoir du mal à le comprendre.
Pensent elles que les gens soient aveugles, sourds et idiots ? Quel bel exemple d'égoïsme capitaliste : à vous le travail, à nous les profits. Ceci est terminé.

Face aux bons résultats de leur entreprise, les salariés de l'Oréal veulent gagner plus. Ils étaient plusieurs centaines à s'être mis en grève lundi pour revendiquer une augmentation générale des salaires.

Benjamin Sèze

LIBERATION.FR : lundi 18 février 2008

«Nous aussi nous le valons bien», estiment les salariés de l'Oréal. Face aux bons résultats de l'année 2007 présentés mercredi par le leader mondial de l'industrie cosmétique, ses employés réclament une part du gâteau. Ils sont 5%, selon la direction, à avoir suivi lundi l'appel à cesser le travail lancé par l'union intersyndicale (CFDT, CFE-CGC,CFTC, CGT et FO).

«5% ça fait six cents des douze milles salariés. Pour l'Oréal c'est bien, c'est significatif», analyse Georges Liarokapis, délégué de CFE-CGC, syndicat majoritaire à l'Oréal SA. Une grève éclair, de 10 heures à midi, destinée à marquer le coup avant la réunion de négociation annuelle obligatoire qui doit avoir lieu mardi entre les représentants syndicaux et la direction. Les grévistes dénoncent l'absence d' augmentation générale des salaires depuis 2004. «Oui mais on a remplacé ce système par des augmentations individualisées, complétées par l'intéressement et la participation», explique-t-on à la direction de l'Oréal.

«C'est le salaire qui nous fait manger»

«C'est vrai qu'on touche un intéressement fort, admet Georges Liarokapis, mais il est déjà à son maximum légal, et ce n'est pas suffisant pour faire face à l'inflation des ces trois dernières années. Notre pouvoir d'achat a baissé.» Autre inconvénient du système d'intéressement, selon Jean-Jacques Lamiable, responsable CGT: il est versé en une seule fois, au mois de juin. «Du coup les ouvriers s'endettent le restant de l'année et il ne sert qu' à boucher le découvert de leur compte en banque. Ce n'est pas l'intéressement qui nous fait manger tous les jours, c'est le salaire.»

Mardi, les représentants syndicaux poseront trois revendications sur la table des négociations. Tout d'abord, une revalorisation annuelle et systématique de tous les salaires par des augmentations générales basées au minimum sur l'inflation. Ensuite, un rattrapage de 9% dès cette année «pour compenser tout ce qu'on n'a pas eu depuis 3 ans». Enfin, l'instauration d'un treizième mois de salaire. «C'est un moyen intelligent de ne pas toucher à l'intéressement, tout en donnant un nouveau souffle aux salaires», explique Georges Liarokapis.

«La direction ne peut rester indifférente»

A la CGT comme à la CFE-CGC, on est confiant pour la suite des événements. «Le but de cette grève, c'était d'envoyer un message, sans pour autant bloquer le système. Tous les syndicats étaient mobilisés. La direction ne peut rester indifférente.» La réunion de mardi devrait être, selon eux, l'occasion de fixer un calendrier des négociations pour les mois à venir.

mercredi, février 13, 2008

Déontologie : une inflation de textes censés garantir les bonnes pratiques

LE MONDE ECONOMIE | 11.02.08 | 14h50 • Mis à jour le 13.02.08 | 09h55

Ebranlées dans leurs certitudes, leurs organisations et par les crises qui ont précédé celle-ci - déprime économique après la guerre du Golfe après 1991, éclatement de la bulle Internet après 2001 -, les grandes entreprises mondiales ont multiplié, à partir du milieu des années 1990, les "chartes éthiques", "codes de conduite", listes de "principes et valeurs", censés encadrer les pratiques quotidiennes de leurs employés au-delà des obligations réglementaires. Toute crise s'accompagnant de scandales (Crédit lyonnais, Enron, Vivendi...), les entreprises ont aussi adopté des "principes de gouvernance" visant à mieux contrôler les décisions des dirigeants, en précisant le rôle des différents organes sociaux de l'entreprise (conseil d'administration, assemblée générale). Et chaque nouvelle crise ou scandale vient bien sûr mettre en lumière les failles des solutions mises en oeuvre pour résoudre la précédente.

Pourquoi, par exemple, les salariés ne respectent-ils pas les codes de conduite censés préserver l'entreprise des comportements fautifs, voire délictueux ? La sociologue Anne Salmon, chercheuse au Centre d'étude et de recherche sur les risques et les vulnérabilités (Cerrev, université de Caen) et auteure de La Tentation éthique du capitalisme (La Découverte), a interrogé employés et salariés d'une grande entreprise du secteur de l'énergie pour le comprendre. "Lorsqu'une entreprise élabore une charte, elle consulte, dans le meilleur des cas, les salariés, et rassemble facilement un consensus autour de valeurs emblématiques spontanées : honnêteté, discernement, service du client, etc." Mais, lorsque le document revient sous forme élaborée, il est immédiatement confronté par les salariés aux conditions de travail et à l'organisation réelle de l'entreprise. La sociologue classe les réactions qu'elle a enregistrées en trois catégories : "Ça ne concerne pas nos pratiques, mais celles des autres" ; "La direction, la hiérarchie, ne se conforment même pas à leur propre charte" ; "Je n'observe le code que lorsqu'un contrôle survient ; après, je retourne à ma pratique habituelle."

AMBIGUÏTÉ

Le malentendu provient souvent de l'ambiguïté du texte, parfois au présent ("voici les valeurs que respecte notre entreprise"), parfois au futur ("voilà ce à quoi l'entreprise aspire"). Dans le premier cas, la confrontation au réel laisse place au doute, voire au soupçon de mensonge ; dans le second, tout dépend de la confiance que le salarié a dans la capacité de la direction à donner les moyens d'assumer ses objectifs. "La question qui se pose immédiatement, c'est : si j'agis conformément à la charte, ma hiérarchie va-t-elle me récompenser, ou me punir ?", remarque Mme Salmon.

Dans une étude menée sur les documents de 40 grandes sociétés françaises, le cabinet Alpha Etudes note que le vocabulaire employé est précis quand il s'agit des sujets abordés (droits de l'homme, environnement, esclavage), mais flou quand il s'agit des verbes, de l'action à mener (souhaite, considère, vise à, encourage). "Le flou de la formulation protège l'entreprise d'obligations trop précises", notent les auteurs, qui soulignent que moins d'une entreprise sur cinq formule des objectifs "précis et mesurables".

De plus, ces codes s'inscrivent dans le contexte d'une multiplication des normes (démarche qualité, normes ISO, directives européennes...) et des objectifs, qui donnent tous lieu à "reporting", tableaux de bord, indicateurs, etc., que le management de l'entreprise ne hiérarchise guère. Dans ces conditions, le salarié a tendance à choisir parmi les normes disponibles celle qui lui convient le plus ou qui lui permet de se justifier. C'est ainsi qu'un trader peut être amené à choisir la "performance" plutôt que la "conformité aux règles de contrôle" ! Ce qui renvoie in fine à la "conscience professionnelle" de chacun.

D'autant que l'individualisation croissante des organisations - via la rémunération à la performance, l'autonomie des tâches, l'évaluation annuelle de chaque salarié - fragilise la fonction de contrôle qu'exerçait traditionnellement le collectif de travail. La réprimande du groupe, lorsque les règles professionnelles ne sont pas respectées, a plus de poids que la sanction hiérarchique. "Mais les salariés sont, ou se représentent, comme de plus en plus isolés, note Mme Salmon. Dans les documents d'entreprise, la seule collectivité représentée, à côté de photos de magnifiques usines vides, est la direction !"

Le management des entreprises est de plus en plus conscient de ces limites, comme l'indique la montée de la notion de risque éthique dans les rapports des auditeurs. Pour François Fatoux, délégué général de l'Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises, "la tendance est à la formalisation des engagements éthiques et des bonnes pratiques dans des accords signés avec les organisations syndicales au niveau européen ou international", afin de faire du contrôle des risques un objet de négociation. Comme le note Bernard Colasse, professeur à l'université Paris-Dauphine, "l'entreprise ne peut rejeter la responsabilité du risque sur l'éthique d'un individu, parce que cette éthique n'est pas le propre d'un individu, mais le résultat d'un système".

Antoine Reverchon
Article paru dans l'édition du 12.02.08.

mercredi, février 06, 2008

La Maison Blanche légalise la torture

Washington a annoncé que les Etats-Unis pourront à l'avenir infliger le supplice de la baignoire pour interroger les personnes suspectées de terrorisme.
De notre correspondant à Washington, Philippe Grangereau

LIBERATION.FR : mercredi 6 février 2008

Le président américain se réserve, pour la première fois officiellement, le droit de torturer. Mercredi, le porte-parole de la Maison Blanche, Tony Fratto, a annoncé que les Etats-Unis pourront à l'avenir infliger le supplice de la baignoire pour interroger les personnes suspectées de terrorisme. Il s'est refusé à qualifier de «torture» cette pratique désignée sous l'euphémisme «waterboarding». Celle-ci consiste à faire suffoquer un supplicié avec de l'eau jusqu'au seuil de la mort.
Le supplice sera infligé de manière arbitraire «selon les circonstances», a poursuivi Fratto. «Si l'on croit qu'une attaque pourrait être imminente, cela pourrait être une circonstance dont on voudra vraiment tenir compte (…) Le président (Bush) écoutera le jugement averti des professionnels du Renseignement et le jugement du ministre de la Justice en termes de conséquences légales de l'emploi d'une technique particulière».

Mardi, alors que tous les regards étaient tournés vers les élections primaires, le directeur de la CIA Michael Hayden a reconnu devant le Congrès, que ses agents avaient jusqu'alors utilisé le supplice de la baignoire contre trois prisonniers. Cette torture aurait été infligée en 2002-2003 à trois suspects d'Al-Qaeda - Khaled Sheikh Mohammed, Abu Zubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri – et à eux seulement, selon Hayden. Il a justifié ces tortures en affirmant qu'elles étaient «nécessairs» car la CIA connaissait mal Al-Qaeda et devait « apprendre vite». Il a déclaré que le «waterboarding» n'aurait pas été utilisé par la CIA depuis «près de 5 ans», mais a plaidé pour que la CIA puisse toujours «légalement» l'infliger à l'avenir. Une trentaine d'autres détenus de la CIA, a-t-il encore reconnu, ont été soumis à ce qu'il appelle d'autres «techniques d'interrogatoire poussées» dont il n'a pas précisé la nature.

Les trois principaux candidats à la Maison Blanche, qu'il s'agisse d'Obama et Clinton côté démocrate, ou John McCain côté républicain, se disent opposés à toute forme de torture, et veulent fermer le camp de détention de Guantanamo Bay.

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Estrosi + un jet Dassault = un pot à 138.000 euros

Le secrétaire d'Etat à l'outre-mer a présenté ses excuses pour avoir loué un jet afin de se rendre à Washington plutôt que d'emprunter un avion de ligne. Coût de l'opération: 138.000 euros. Et tout cela pour assister à un «pot» à l'Elysée...

LIBERATION.FR : mercredi 6 février 2008

Le jet Bolloré de Sarkozy a à peine quitté les colonnes des journaux qu'un autre jet, propriété de Dassault celui-là, revient empoisonner la vie du gouvernement. Plus précisément celle du secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, Christian Estrosi.
C'est le Canard Enchaîné qui révèle l'histoire mercredi. Le 23 janvier, Christian Estrosi devait s'envoler pour Washington à l'occasion de l'inscription au patrimoine de l'Unesco du lagon de Nouvelle-Calédonie. Les services du ministère avaient donc réservé douze places pour la délégation à bord d'un vol Air France dans l'après-midi. «Seulement voilà, écrit l'hebdomadaire, dans la matinée, Estrosi est informé qu'une petite sauterie présidentielle se prépare pour le soir même. Sarkozy a décidé de réunir à l'Elysée, autour d'une coupe de champagne, ses plus fidèles lieutenants.»

Pour ne pas manquer l'événement, le secrétaire d'Etat demande qu'on décale le départ pour Washington. La Nouvelle-Calédonie peut bien attendre. Problème: aucun vol Air France n'est prévu dans la soirée. Qu'à cela ne tienne, le cabinet loue un Falcon 900 à Dassault. Coût de l'opération, selon le Canard Enchaîné: 138.000 euros.

A l'heure où le Président répète que les caisses sont vides, le caprice du secrétaire d'Etat passe mal. Au point qu'il a dû présenter ses excuses mercredi à la sortie du Conseil des ministres. «Bien évidemment, si on m'avait soumis ce devis, je ne l'aurais pas accepté, je souhaite présenter toutes mes excuses parce que ça ne fait pas partie de mes pratiques. J'avais un calendrier très contraint, après on ne m'a pas soumis le montant pour déplacer (...) les parlementaires et les acteurs importants qui m'accompagnaient, s'est-t-il justifié. «Je ne regrette pas ce déplacement mais je regrette les conditions dans lesquelles il a été organisé, on aurait pu sans doute faire autrement.» Le contribuable aurait «sans doute» préféré.

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dimanche, janvier 06, 2008

Marché de l’électricité : Poweo attend toujours le déclic

Energie.
Six mois après l’ouverture du secteur, l’opérateur privé n’a séduit que 35 000 clients.
ALEXANDRA SCHWARTZBROD
Liberation.fr : samedi 5 janvier 200


Chez Poweo, on ne doit pas montrer patte blanche à l’accueil pour rencontrer le patron, comme chez EDF. Il suffit de trouver son chemin tout seul, au cœur du quartier des Champs-Elysées, dans un de ces immeubles de bureaux à l’américaine où les entreprises squattent tout ou partie d’un étage, puis tâcher de repérer celui qui a plus de 40 ans. Facile. Chez Poweo, où la moyenne d’âge est de 28 ans, ils semblent tous montés sur ressorts.

Draguer. Et les ressorts, l’entreprise de Charles Beigbeder, 43 ans, va en avoir bien besoin. Créé il y a un peu plus de cinq ans pour profiter de l’ouverture du marché de l’électricité, Poweo peine à s’imposer. Au 1er janvier, 35 000 consommateurs seulement avaient quitté EDF depuis le 1er juillet 2007, date à laquelle les particuliers ont commencé à avoir le choix entre l’opérateur public et des concurrents privés. Et sur ces 35 000 aventuriers, environ 8 000 ont fait confiance à Poweo (2 000 pour la fourniture de gaz), ce qui est peu comparé aux 100 000 espérés avant fin 2007. «Sur les premières bascules, on a eu des parts de marché de 50 %, ce qui n’était pas mal. Et puis l’opérateur public a relancé 11 millions de Français en leur envoyant un mailing. Surtout Direct Energie [a utre fournisseur alternatif d’électricité, concurrent direct de Poweo, ndlr] a fait un bon score en allant, discrètement mais agressivement, faire de la vente à domicile», confie Charles Beigbeder à Libération. Du coup, Poweo a redéfini sa stratégie commerciale et vient de racheter un réseau de vente directe, Orevad, pour tenter de remonter la pente en allant draguer le consommateur «à la source», chez lui. «Je ne suis pas un adepte de la vente à domicile, admet pourtant Beigbeder.Sauf à contrôler parfaitement le discours commercial au client, je pense que ça peut être dangereux.»

Tarifs. C’est que l’heure n’est plus aux états d’âme. «Les 160 commerciaux d’Orevad vont devenir salariés de Poweo, je ne voulais surtout pas que cette activité soit externalisée. Nous sommes 420 personnes désormais, prêts à réussir la vraie ouverture du marché.» Car, depuis quelques semaines, la donne a changé. Après de houleuses discussions, l’Assemblée nationale a adopté le 13 décembre un amendement permettant à tous les particuliers qui choisiraient un concurrent d’EDF de revenir aux tarifs réglementés s’ils n’étaient pas satisfaits. Une proposition soutenue par les associations de consommateurs, mais aussi par les nouveaux concurrents d’EDF et GDF. La Bourse, d’ailleurs, ne s’y est pas trompée. Dans les jours qui ont suivi, l’action Poweo a grimpé. «Sans cette réversibilité, on ne pouvait pas y arriver, le consommateur avait trop peur de quitter EDF, reconnaît Beigbeder. A partir du moment où PPDA, au journal de 20 heures, a annoncé en juin que le consommateur ne pourrait plus revenir en arrière, on était morts. Cet obstacle psychologique levé, on peut vraiment démarrer.»

Miraculé donc, Poweo sait qu’il doit faire très fort dans les mois qui viennent pour s’imposer sur le marché. Mais comment cette petite boîte peut-elle assurer une offre avantageuse par rapport à celle du géant EDF dont les prix sont réglementés ? «Notre mission est d’abord d’aider le consommateur à mieux consommer, en proposant notamment des bilans énergétiques, en rendant le "compteur" intelligent. Mais surtout, nous avons sécurisé notre approvisionnement sur le long terme», assure Beigbeder. L’opérateur privé a ainsi conclu un accord de «swap» décalé avec l’opérateur public qui prévoit un échange de capacité sur quinze ans. Aux termes de cet accord, EDF fournit à Poweo de l’électricité de base (produite par le nucléaire, donc peu coûteuse) entre 2007 et 2022, et celui-ci fournira à EDF de l’électricité de pointe entre 2009 et 2024. Sa première centrale électrique est en cours de construction près de Maubeuge, la fin du chantier est prévue pour la fin de l’année.

Eloges. De toute façon, Beigbeder, qui est aussi un des piliers du Medef, ne croit pas que les tarifs réglementés tiendront longtemps. «Les tarifs réglementés, c’est "grenellement incorrect". Comment voulez-vous que les gens se désintoxiquent de l’électricité [i l dit «élec» comme un ado qui mange ses mots] si les prix n’augmentent pas ? D’autant que si les tarifs grimpent, les énergies nouvelles deviennent rentables.»

En tout cas, cet homme pressé et ambitieux, parfaitement en ligne avec l’ère Sarkozy, est très apprécié chez EDF. Pierre Gadonneix, le patron de l’opérateur public, ne tarit pas d’éloges sur lui, vantant son «charme» et son «énergie». Beigbeder sourit. «Normal, je milite à fond pour la privatisation d’EDF. Cela permettrait de rembourser la dette de l’Etat, ainsi la rente nucléaire serait rendue aux Français. Mais ce serait bien aussi qu’EDF accepte de partager et que d’autres opérateurs comme GDF-Suez ou Poweo puissent investir dans le nucléaire.»

En attendant, il va falloir ramer. Si le chiffre d’affaires est en hausse (à près de 350 millions d’euros), les résultats sont dans le rouge, conséquence des gros investissements effectués ces derniers mois. Actionnaire de son entreprise à hauteur de 13 %, aux côtés de l’électricien autrichien Verbund (30 %), le reste du capital se partageant entre le flottant et 4 000 actionnaires privés, Beigbeder n’a pas droit à l’erreur.

samedi, novembre 24, 2007

Nassim Nicholas Taleb, le sauvage de la finance

LE MONDE | 20.11.07 | 14h44 • Mis à jour le 20.11.07 | 14h44

Jean mal coupé. Chemise débraillée. Barbe approximative. Installé dans un petit restaurant libanais de Manhattan, Nassim Nicholas Taleb détonne dans le milieu des golden boys new-yorkais. "Je ne me souviens pas l'avoir jamais vu porter un costume", confirme Carl Bareiro, son ami et ancien collègue au sein de la banque d'affaires Crédit suisse First Boston. "Je suis toujours habillé comme ça", confirme l'intéressé. "Ça choque parfois", concède-t-il.

Nassim Nicholas Taleb, 47 ans, est assez diplômé (master de finances à l'université de Wharton, aux Etats-Unis, doctorat d'économie à l'université Paris-IX-Dauphine...), polyglotte (il assure parler sept langues et en lire dix, dont l'arabe, l'hébreu, le grec...) et n'en est pas à sa première incartade dans le milieu convenu de la finance. Choquer fait même partie de son fonds de commerce. Depuis qu'il a publié son deuxième ouvrage, en 2005, Fooled by Randomness, traduit en français par Le Hasard sauvage (Les Belles Lettres, 21 euros), cet expert du hasard, détracteur des probabilités financières, suscite les polémiques, voire les encourage. Son premier livre était consacré à la technique financière.

Ses écrits sont des best-sellers qui dépassent les 200 000 exemplaires aux Etats-Unis. Ils cherchent à démonter les modèles statistiques des financiers, utilisés par les fonds spéculatifs (hedge funds), pour engranger un maximum de profits. Nassim Nicholas Taleb est lui-même familier desdits modèles. "J'ai été trader pendant dix-huit ans. Je sais que ça ne marche pas", tranche-t-il aujourd'hui. Il en fait la démonstration dans ses livres et depuis neuf ans dans les universités les plus prestigieuses, New York, Massachusetts, London Business School. "Je donne des cours de logique et de finance. J'explique aux élèves que ce qu'on leur apprend est faux", lâche-t-il.

Cette apparente contradiction n'est pas sans effet secondaire. "Si Nassim Nicholas Taleb avait été contemporain de Socrate, il eût certainement été condamné à mort par ses pairs pour les critiques acerbes et fort justes dont il les abreuve", estime sans ironie sa traductrice dans la préface du dernier ouvrage.

A défaut de mise à mort, les requins de la finance ont tenté de le discréditer. Nassim Taleb gère aujourd'hui son propre hedge fund à New York. "Certains ont fait courir le bruit que j'avais accumulé des pertes de près de 1 milliard de dollars. C'est totalement faux", grommelle-t-il. Mais, pour certains, Taleb joue aussi de la critique dont il fait l'objet. "Il prend parfois une posture un peu christique. Il est assez critiqué, mais c'est aussi une forme de marketing", explique un trader à New York.

Habitué des médias et des studios de télévision aux Etats-Unis, ce trublion n'hésite pas à quitter un plateau, même prestigieux, dès qu'il s'estime persécuté ou incompris. Tout en se prêtant assez facilement au jeu de l'interview. "Nassim énerve beaucoup de gens, ce qui l'amuse, car plus que tout il veut débattre", atteste l'un de ses amis.

Débattre, mais aussi faire entendre "sa" vérité. Nassim Nicholas Taleb se pose en Robin des bois de la finance. Et pioche ses arguments dans la philosophie ou les sciences cognitives plus que dans les manuels d'économie. "Ma bibliothèque contient presque autant de livres que celle d'Umberto Eco", assure-t-il avec orgueil. Il admire des penseurs plus ou moins connus : Pierre Bayle (1647-1706), Simon Foucher (1644-1696), Pierre-Daniel Huet (1630-1721), ou encore le spécialiste des sceptiques grecs Victor Brochard (1848-1907). Il cite aussi Montaigne "pour son humilité épistémologique et son habileté à savoir gérer sa vie en fonction de ce qu'il ne sait pas".

Son combat : l'"éthique". Sa bête noire : les financiers qui s'enrichissent en dupant les investisseurs sur leur prétendu sens des affaires. Pour lui, les traders sont la plupart du temps "des nigauds chanceux". Le Hasard sauvage débute ainsi par le récit de la réussite d'un financier riche et audacieux, John. "Un bref échange professionnel aurait révélé qu'il avait la profondeur intellectuelle d'un professeur d'aérobic", écrit-il. Chez les courtiers, le parallèle irrite.

Mais Taleb persiste. "Le monde de la finance est dominé par les événements rares", estime-t-il. La richesse est donc le fruit du hasard, d'une roulette russe, et non d'un talent quelconque. Et de dénoncer ceux qui se vantent de dompter l'avenir grâce à des modèles de probabilités sophistiqués. "Au coeur de ces modèles il y a des mathématiques élégantes, mais la vie n'est pas élégante", insiste-t-il.

Nassim garde en mémoire la guerre du Liban en 1975 : "Un choc." Il avait 15 ans à l'époque et devra s'exiler en France une année, avant de reprendre ses études au lycée français de Beyrouth. Sa famille, tissée d'anciennes éminences politiques (son grand-père et son arrière-grand-père maternels ont été vice-premier ministre au Liban), restera marquée. De ce traumatisme, Taleb retiendra que les crises, quelles qu'elles soient, sont le lot de l'histoire. Laisser croire qu'on peut empêcher ou maîtriser une catastrophe, c'est "mépriser l'histoire", estime-t-il.

Pour les experts, la pilule est dure à avaler. Nicole El Karoui, normalienne, professeur à l'Ecole polytechnique et à Dauphine, où son master "Probabilités et finance" forme les futurs cracks de la finance, balaie rapidement le "sujet Nassim" : "Ce qu'il dit est très pertinent, mais ce n'est pas un mathématicien, c'est un gestionnaire." "Et un provocateur", ajoute-t-elle.

Nassim Nicholas Taleb a parfois des allures de savant fou. Il ne répond pas au téléphone. "Le bruit me déconcentre", explique-t-il. Mais si sa démonstration est effrontée, les événements lui donnent raison. Le krach boursier de 1987 a fait péricliter les premiers systèmes électroniques, les "program trading", utilisés par les traders à l'époque. Cet été, la crise financière due aux déboires des crédits immobiliers à risque aux Etats-Unis, les fameux subprimes, a encore chahuté les modèles statistiques financiers.

Nassim Taleb espère donc que son ouvrage finira par rencontrer un écho planétaire. " Le Hasard sauvage a été traduit en vingt-trois langues", se réjouit-il. Mais, en France, son oeuvre est passée inaperçue. "Les Français ont toujours mis du temps à m'aimer", regrette-t-il. En attendant la reconnaissance hexagonale, il parcourt le monde pour développer sa thèse dans les colloques.

Philosophe. Prêcheur. Nassim Nicholas Taleb est alors subitement rattrapé par son profil de financier. "Pour mes interventions, je suis presque aussi bien payé qu'Alan Greenspan (l'ancien président de la Réserve fédérale américaine)", glisse-t-il. Et de montrer avec fierté le chiffre de 100 000 dollars qui doit être viré prochainement sur son compte en banque.

Claire Gatinois
Article paru dans l'édition du 21.11.07.

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Les salaires, fil rouge de la colère

De Yoplait aux agences bancaires LCL, les arrêts de travail se multiplient depuis 15 jours.

NICOLAS CORI et PIERRE-HENRI ALLAIN (envoyé spécial au Mans)
LIBERATION.FR: vendredi 23 novembre 2007

Le service public est loin d’être le seul à avoir mal à son pouvoir d’achat. Car mardi, jour de la grève des fonctionnaires, c’était aussi celle de salariés de plusieurs entreprises privées de l’agroalimentaire. Au total, un peu partout en France, 500 appels à participer aux manifestations ou à arrêter le travail sur les sites des entreprises ont été lancés. «Le pouvoir d’achat a tellement diminué que tous les salariés sont pris à la gorge», estime Maryse Treton, secrétaire de la fédération CGT pour l’agroalimentaire. Et l’industrie agroalimentaire connaît aussi la pénibilité: «Depuis une dizaine d’années, le nombre de maladies professionnelles et d’accidents du travail a explosé. On compte actuellement un mort par semaine en moyenne dû à un accident du travail dans ce secteur.»

Avant-postes. Au Mans, plus de 80 % des 330 salariés de l’usine Yoplait ont débrayé pendant deux heures. «Nous avons été surpris par l’ampleur de la mobilisation, souligne Thierry Renaudin, délégué CGT. Il y avait parmi nous des salariés qui d’habitude ne nous suivent pas.» Pour le syndicat, plus question de se satisfaire des 1,6 % d’augmentation négociée en février par la CFDT et la CFTC. «Il y a cinq ans, on produisait au Mans 100 000 tonnes de produits frais [yaourts, fromage, crème fraîche, ndlr], précise Philippe Trassard, secrétaire du CCE de Yoplait-France. Aujourd’hui, on en produit 160 000 tonnes avec presque 200 personnes en moins et une rentabilité bien plus importante.»Les salaires, eux, n’ont guère augmenté: entre 1 400 et 1 500 euros nets par mois pour des employés dont l’âge moyen est de 43 à 45 ans. «Il y a de moins en moins de monde dans l’usine et la charge de travail est de plus en plus élevée, résume Jean-Marie, 44 ans, en blouson bleu et tenue blanche de rigueur. Pendant ce temps tout augmente, les prix et les bénéfices de l’entreprise, tout sauf nos salaires.» Sur les deux autres sites industriels de Yoplait, à Vienne en Isère (300 salariés) et à Monéteau dans l’Yonne (210 salariés), le débrayage s’est prolongé jusqu’à mercredi midi. Dans la Sarthe, l’entreprise de salaisons Bahier (380 personnes) a quant à elle été aux avant-postes. Ses salariés avaient entamé dès dimanche une grève qui s’est terminée mardi soir. Et toujours les mêmes revendications: revalorisation des rémunérations (certaines ne dépassent pas 1 000 euros net), et meilleures conditions de travail. La CGT de l’agroalimentaire annonce d’ailleurs à ce sujet une campagne au slogan explicite: «Arrêtez le massacre!»

Faramineux. A Paris, autre secteur, autre grève. Dans la banque, il y a les traders, qui gagnent des sommes faramineuses, mais aussi les salariés qui travaillent dans les agences ou le «back-office». Et dont les fiches de paie ne souffrent pas la comparaison. Certains d’entre eux à LCL (ex-Crédit lyonnais) étaient en grève hier, à l’appel de FO, de la CGT et de la CFTC, pour demander des hausses de salaire et protester contre leurs conditions de travail. Selon la direction, plus de 30 agences sur 2000 étaient fermées, pour un taux de 9 % de grévistes (30 % selon la CGT).

Devant le siège de LCL, boulevard des Italiens, où 300 salariés étaient rassemblés, on rappelle que le scandale du Lyonnais, dans les années 1990, avait poussé les salariés à accepter pendant des années de modérer leurs salaires. «On a lourdement payé, raconte Francine Guillard (CGT). Aujourd’hui, les profits sont de retour, colossaux. Sauf que la direction veut bien partager les pertes, mais pas les profits.» Suite à la négociation salariale, l’entreprise propose 625 euros d’augmentation par an pour les salariés dont le revenu est inférieur à 33 000 euros par an. Soit 77 % du personnel. Un petit geste qui ne satisfait pas. «Il ne s’agit que de suivre l’inflation» , remarque Philippe Kernivinen (FO). Et qui en plus, est assorti d’un «chantage» : si aucune organisation ne signe l’accord, la hausse ne sera plus que de 450 euros. Le reste de l’enveloppe servant à des augmentations individuelles.

«Idée reçue». Pour autant, personne ne décrit une situation rose dans le reste de la profession. «Pourquoi croyez-vous que la Société générale loue le stade de France pour recruter des jeunes?, souligne Sébastien Busiris, secrétaire fédéral FO. C’est une idée reçue de croire que les employés de banque sont bien payés. Et les jeunes diplômés s’en rendent compte.» Et le délégué FO de souligner que Sarkozy a beau brandir la question du pouvoir d’achat, la profession bancaire, elle, n’en a cure. Une réunion sur les négociations salariales au niveau de la branche est prévue lundi matin à l’Association française des banques (AFB), mais, a priori, aucune hausse ne devrait être proposée.